Depuis le déclenchement du conflit américano-iranien le 28 février, les automobilistes français subissent une flambée historique des prix à la pompe. Le gasoil a bondi de plus de 60 centimes en quarante jours, frôlant parfois les 3 euros le litre, tandis que le Sans-Plomb 95-E10 a grimpé d’environ 25 centimes. Mais l’annonce d’une trêve de quinze jours, signée le 8 avril entre Washington et Téhéran, pourrait enfin inverser la tendance.
Le détroit d’Ormuz, clé de voûte de la crise
Au cœur de l’accord figure la réouverture du détroit d’Ormuz, ce corridor maritime d’une quarantaine de kilomètres par lequel transite chaque jour environ 20 % de la production mondiale de pétrole. L’Iran, qui contrôle ce passage stratégique, avait paralysé le trafic dès les premiers jours du conflit, provoquant une onde de choc sur les marchés. Le déblocage a eu un effet immédiat : dès mercredi matin, le baril de Brent a plongé sous la barre des 100 dollars pour s’établir à 94 dollars, soit une chute de 13 dollars en une seule séance.
La reprise du trafic reste néanmoins très progressive. Le service de suivi maritime MarineTraffic a signalé que des centaines de navires stationnaient encore dans la zone, dont plus de 400 pétroliers immobilisés pendant la crise. Le lendemain de la réouverture, seuls un pétrolier et cinq vraquiers avaient effectivement traversé le détroit, bien loin des 140 navires qui y circulaient quotidiennement avant le conflit.
Une baisse à la pompe, mais limitée
Côté distribution, les signaux sont encourageants sans être spectaculaires. L’Union française des industries pétrolières (UFIP) estime qu’une baisse de 5 à 10 centimes pourrait se matérialiser rapidement. Dominique Schelcher, PDG des magasins U, a évoqué des premiers mouvements dans les 48 heures. Le ministre des PME, Serge Papin, a confirmé après une réunion à Bercy avec les distributeurs que les stations à fort débit répercuteraient la baisse dès le vendredi, les plus petites suivant en début de semaine suivante.
TotalEnergies, de son côté, a maintenu son dispositif de plafonnement mais en ajustant ses tarifs : le gasoil est passé de 2,09 à 2,25 euros le litre dans ses 3 300 stations, tandis que le Sans-Plomb 95-E10 reste fixé à 1,99 euro. Le groupe s’est engagé à ne pas modifier ces prix jusqu’à fin avril.
Un retour aux prix d’avant-guerre peu probable
Michel-Édouard Leclerc a tenu à tempérer les attentes. Selon le président du groupe de distribution, un retour aux tarifs d’avant-conflit — environ 1,70 euro le litre — est illusoire. Il anticipe des baisses modestes étalées sur plusieurs jours, le temps que le pétrole acheminé via le détroit d’Ormuz parvienne dans les cuves, tout en soulignant l’extrême volatilité du marché.
Le cours du brut a d’ailleurs rebondi de 2 % dès le lendemain de la chute, repassant à près de 97 dollars le baril. Un signal qui rappelle la fragilité de l’accalmie actuelle, conditionnée à une trêve de seulement deux semaines.
Pénuries : la situation devrait se détendre
La crise a aussi engendré des ruptures d’approvisionnement : 18 % des stations-services françaises étaient en difficulté au sortir du week-end de Pâques. La réouverture du détroit d’Ormuz, même temporaire, devrait permettre de reconstituer les stocks et réduire les tensions. Le Premier ministre Sébastien Lecornu doit s’exprimer vendredi à 18 heures sur les mesures envisagées pour prévenir de nouvelles pénuries.
En attendant, les automobilistes peuvent consulter le site gouvernemental prix-carburants.gouv.fr ou des plateformes collaboratives comme Carbu.fr pour comparer les tarifs station par station et trouver les meilleurs prix près de chez eux.
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